La flotte française ne compte aujourd’hui plus que 12 Canadair, dont seulement 5 à 6 réellement opérationnels en pleine saison, avec une moyenne d’âge de 30 ans et un manque chronique de pièces détachées. En mai dernier, un appareil endommagé en Corse est venu accentuer la tension sur un parc déjà sous-dimensionné pour couvrir l’ensemble du territoire.
Ces avions « mis à rude épreuve » écopent 90 % du temps de l’eau de mer, hautement corrosive, ce qui allonge encore les cycles de maintenance. Résultat : à la moindre double mobilisation – comme en 2025 dans l’Hérault puis sur les hauteurs de Marseille – l’état-major peine à maintenir un niveau de réponse aérienne suffisant.
Une flotte vieillissante sous tension
Le principe du « feu naissant », fondement de la doctrine française, impose d’intervenir dans les toutes premières minutes pour éviter l’embrasement généralisé. Or, l’extension des zones classées « risque très élevé » par Météo-France rend cet engagement précoce toujours plus difficile, malgré la pré-position d’engins terrestres et le vol de Dash ou de Canadair en « guet aérien armé ».
Les techniciens de Sabena Technics multiplient les miracles pour garder les avions disponibles, mais l’absence de chaîne de production active depuis 2015 limite l’accès aux pièces neuves. À l’été 2024, sept bombardiers étaient paralysés simultanément ; seule une météo clémente a évité la catastrophe opérationnelle.
Des remplaçants encore lointains
Pour soulager la flotte, Paris a commandé deux DHC-515 via le mécanisme européen RescEU ; leur livraison n’est toutefois attendue qu’en 2028, un calendrier jugé optimiste par plusieurs élus et experts. Ces appareils apporteront l’autopilote et des systèmes de relève modernes, mais ils resteront minoritaires dans une flotte vieillissante.
En attendant, la location d’avions privés et l’activation ponctuelle du soutien européen constituent des solutions temporaires et coûteuses. Le besoin d’une réponse industrielle souveraine se fait donc pressant.
La tentation d’un hydravion 100 % français
C’est tout l’enjeu du projet Frégate F-100 porté par la start-up bordelaise Hynaero : un hydravion amphibie offrant +70 % de capacité d’eau et des commandes de vol modernes. Deux prototypes sont prévus pour 2029, avec une entrée en service visée en 2031, grâce à un partenariat signé avec Airbus Defence & Space, Safran et Thales.
Le programme, estimé à 1 milliard d’euros, a déjà récolté le soutien financier de la Région Sud et de France 2030, ainsi que 27 intentions de commande – dont celle de la Sécurité civile française. Objectif : garantir une solution « made in France » face à la montée du risque climatique.
Autres pistes : ATR transformé et A400M pompier
Parallèlement, Positive Aviation planche sur la conversion d’un ATR 72 muni de flotteurs, dévoilée lors du dernier salon du Bourget. Airbus, de son côté, a testé à Nîmes une version « pompier » de son avion militaire A400M, capable de larguer 20 tonnes de retardant et d’opérer de nuit, argument précieux pour des mairies en quête de solutions rapides.
À terme, la France pourrait donc s’appuyer sur un mix de plateformes – DHC-515, Frégate F-100, ATR amphibie et A400M – pour reconstituer une flotte résiliente. Mais avant de voir ces nouveautés sur le tarmac de Nîmes, la vigilance citoyenne reste la première ligne de défense : consultez notre carte de suivi des feux en temps réel, la carte de vigilance incendie et la météo des forêts avant toute activité en milieu naturel.