À l’approche de la saison officielle des feux de forêt, le constat a de quoi surprendre (et inquiéter) : dans l’État de l’Uttarakhand en Inde, les alertes satellitaires censées signaler des départs de feu se révèlent très largement… trompeuses. Entre novembre 2025 et janvier 2026, période habituellement classée « basse saison », 1 957 alertes ont été émises par le Forest Survey of India (FSI). Sur le terrain, après vérification site par site, seuls 132 incendies ont été confirmés. Soit 6,75 %.
Un décalage qui épuise les équipes… et brouille la prévention
Sur le papier, la multiplication d’alertes en hiver pouvait laisser croire à une crise imminente : en saison humide, les incendies sont généralement plus rares. Mais la réalité observée par les agents forestiers raconte une autre histoire : des heures de marche, parfois sur des terrains accidentés, pour rejoindre des coordonnées isolées… et n’y trouver ni fumée, ni flamme.
« Nos équipes sont surchargées », confie un haut responsable. « Les effectifs et les ressources gaspillés à traquer ces feux fantômes pourraient être mieux utilisés pour de véritables efforts de conservation et de prévention. »
Le problème n’est pas seulement logistique : c’est aussi une question de priorités opérationnelles. Chaque fausse alerte mobilise des femmes et des hommes, des véhicules, du temps, et de l’énergie — autant de ressources qui manquent ensuite pour la surveillance des zones à risque, l’entretien des pare-feu, la sensibilisation ou la préparation du matériel.
Pourquoi autant de fausses alertes ?
Les vérifications indiquent que les systèmes satellitaires peinent à distinguer un feu de forêt destructeur d’activités courantes, notamment :
- le brûlage de résidus agricoles par des exploitants,
- des brûlages dirigés réalisés par les services forestiers pour limiter la propagation de futurs incendies,
- des feux situés hors zone forestière, mais détectés comme des “points chauds”.
Résultat : une cartographie de la menace qui devient floue, et une chaîne d’intervention qui se met à courir derrière des signaux… parfois sans rapport avec un feu de forêt.
132 incendies confirmés, 18,84 hectares perdus
Sur la période contrôlée, les 132 incidents validés ont causé la perte de 18,84 hectares de forêt. Toute surface brûlée compte, mais l’ampleur n’a rien à voir avec ce que laissaient imaginer près de 2 000 alertes initiales.
Le ministre des Forêts de l’Uttarakhand, Subodh Uniyal, s’en inquiète ouvertement : « J’ai toujours soutenu que les alertes fournies par le Service forestier de l’Inde ne sont pas entièrement exactes. Seules 6 à 7 % de ces alertes s’avèrent authentiques après vérification. »
Il plaide pour une évolution technologique et, surtout, un meilleur filtrage : « Nous avons besoin de données précises et en temps réel permettant de distinguer un feu de cuisine, un feu de ferme et un incendie de forêt. »
La saison des feux arrive : du 15 février au 15 juin
Avec l’entrée dans la période la plus critique (du 15 février au 15 juin), le département des forêts affine ses rapports internes pour éviter la dispersion et concentrer les efforts là où ils sont réellement nécessaires. Car au-delà de la précision des capteurs, l’enjeu est simple : garder du temps pour l’essentiel.
Dans un contexte où chaque minute peut compter, la fiabilité des alertes n’est pas un détail technique : c’est une condition de la réponse opérationnelle, de la prévention, et de la sécurité des personnels.
Chiffres clés – Analyse technique des alertes
- Nombre total d’alertes : 1 957
- Incendies de forêt réels : 132 (≈ 6,75 %)
- Répartition des autres alertes :
- Fausses alertes : 768
- Incendies extérieurs (hors zone forestière) : 756
- Brûlages contrôlés par le département : 301

